Quand on m’appelle pour sauver un rencard

« Léa… j’ai un problème. Elle arrive à vingt heures et je ne sais même pas quoi faire à manger. »

Pas de fantasme tordu, pas de voix mystérieuse, pas d’ambiance feutrée. Juste un mec de trente ans en totale panique au milieu de sa cuisine, qui me paye à la minute pour que je devienne en urgence sa complice de secours et son chef étoilé personnel.

J’ai posé mon thé, j’ai souri toute seule devant mon micro, et j’ai enclenché le mode sauvetage.

« Respire. Dis-moi ce que tu as prévu, qu’on évite la catastrophe. »

Il avait envisagé une fondue savoyarde. En plein mois de mai. J’ai dû lui expliquer calmement, en retenant un fou rire, que faire transpirer son rencard au-dessus d’un caquelon d’ail et de fromage en fusion n’était peut-être pas la meilleure stratégie pour un premier tête-à-tête.

On a fait l’inventaire du frigo ensemble. Pendant dix minutes, je lui ai monté un plan de bataille sur-mesure : un plat de pâtes fraîches bien assaisonné (simple, propre, inratable), une playlist sympa mais pas trop envahissante (« range le jazz d’ascenseur, mets un truc vivant »), et surtout, la règle d’or : éteindre la télé et cacher le bazar sous le lit si nécessaire.

Il notait tout scrupuleusement. J’entendais le bruit de son stylo qui grattait sur un carnet à carreaux.

« Et si elle trouve que l’appart est trop sombre avec les bougies ?

-Si elle te plaît, elle s’en foutra de la lumière. Sois juste toi-même, écoute ce qu’elle te dit sans penser à la suite, et tout va bien se passer. »

Au bout de vingt minutes de consultation culinaire, il s’est détendu. Le trac du début avait laissé place à un enthousiasme presque enfantin. Il m’a remerciée comme si je venais de lui sauver la vie, a raccroché pour lancer l’eau des pâtes, et je me suis retrouvée dans mon salon avec un immense sourire aux lèvres.

Certains s’imaginent qu’on ne vend que du piment ou du rêve interdit. En réalité, on est parfois juste le refuge secret de ceux qui doutent d’eux-mêmes, le petit coup de pouce rassurant avant le grand saut dans le vide. Et honnêtement ? Ce sont souvent ces appels-là qui me réchauffent le plus le cœur.

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